Les artistes
Les artistes
Et aussi…
- Sylvie TALON
- Stef’ Pomme
- Nathalie LENGELÉ
Leslie VARELA
Leslie est née à Providence dans le Rhode Island et d’aussi loin qu’elle se souvienne, poussée par un oncle artiste à développer son talent, elle a toujours peint et dessiné. Elle a étudié aux Beaux-Arts de Philadelphia puis s’est installée en France en 1994. À Hossegor, à Capbreton et aujourd’hui dans les collines de la Chalosse, elle poursuit son travail pictural, laissant libre cours à son imagination pour faire surgir un bestiaire improbable dans des espaces surannés, où des scènes émergent pour soutenir des histoires laissées en suspens.
À Hossegor, Leslie récupérait des restes d’épaves sur la plage et les transformait en mobiles et petits objets animés. L’émerveillement par ces objets glanés a constitué une part importante de sa vie artistique. Mais la peinture était toujours là, en embuscade, malgré l’intimidante blancheur de la toile vierge.
Le jaune moutarde des champs de colza en fleurs, le rouge ondoyant des coquelicots au printemps, ou le vert acide des feuilles revenant habiller les arbres lui rappellent combien la campagne est belle ici.
Leslie est une artiste qui s’interroge sur sa pratique, évolue et change de cadre. Lorsque la campagne environnante lui rappelle sa beauté, Leslie emporte toiles, pinceaux et chevalet dans les champs et les sous-bois. Quand la pluie approche, ou que le besoin de raconter une histoire se fait sentir, Leslie regagne son atelier.
Là, elle peint des animaux qui reflètent parfois des traits de caractère humains, et elle consigne leurs histoires par écrit. Chaque tableau contient des éléments « germes » à partir desquels différentes histoires peuvent prendre leur envol, selon l’imagination du spectateur. Pour les Incartades, Leslie Varela présentera ses premiers ouvrages alliant peintures et récits.
Ma curiosité me pousse à faire des choses curieuses, dit-elle. Je flotte entre le présent tangible et mes rêves éveillés.
« C’est le glissement de l’instant présent vers ce qui se passe dans ma tête, jusqu’au retour au concret. Ça peut durer quelques secondes ou plus. »
JULIA BARTOLINI
Originaire d’Angoulême, Julia est d’une famille d’artistes, sculpteur et peintre. Son grand-père avait été directeur de l’École des Beaux-Arts d’Angoulême. Formée aux arts plastiques à Bordeaux elle complète son parcours en travaillant avec des personnes handicapées mentales ainsi qu’avec l’aide à l’enfance. Elle oscille entre le social et l’art et au travers d’un collectif d’artistes. Depuis quelques années, en s’installant dans les Landes, elle se consacre entièrement au dessin réalisé au crayon de couleur. « Je pars toujours d’une question technique autour du crayon de couleur. Aujourd’hui, je travaille sur le yoga des mains, mais la question initiale était : comment dessiner des mains ? »
Julia ne sait pas. Julia ne veut pas parler, décrire ou théoriser son travail. Alors elle dessine. Sans cesse. C’est son unique moyen d’expression. Pas étonnant que son travail soit dense, riche, porteur d’une symbolique récurrente. Si les dessins de Julia Bartolini semblent si proches les uns des autres, c’est qu’ils sont reliés par une expression discrète faite de nuances tout en affichant une cohérence époustouflante.
Adepte d’une pratique quasi monacale de son art, Julia s’enferme dans son atelier et s’en évade par ses créations. Des dessins dans lesquels les couleurs explosent, les arcs-en-ciel sont à portée de main et des fraises s’organisent en collier ou en farandole. Une multitude de symboles s’invitent dans ses réalisations, changeant à petites touches le tableau en représentation onirique. Il faut se poser devant les œuvres de Julia et laisser son regard vagabonder, prendre son temps et se laisser happer par des limbes de rêves, des filaments subtils qui entraînent dans un univers personnel riche et troublant. Le silence de l’artiste est largement compensé par la profusion de chacun de ses dessins, portes discrètes vers des univers changeants, complexes et sensibles.
« Je pourrais dessiner la fantaisie, mais pas la raconter »
NICOLE PELEGRIN
Nicole est enfant des deux rives de la Méditerranée. Née en Algérie, rentrée en métropole en 1962 avec l’indépendance, elle grandira à Avignon puis à Toulouse avant de s’établir dans le Rhône. De ces villes du sud, elle gardera la chaleur, la lumière, les tonalités chaudes de la vie. Nicole qualifie son art de l’adjectif «singulier» et le décrit comme flirtant avec le surréalisme. Sa carrière dans l’enseignement l’a amenée à l’agrégation d’Arts Plastiques. Elle s’affirme pourtant comme autodidacte tout en s’appuyant sur un solide socle théorique. Elle revendique par-dessus tout la pratique d’un art tout en modestie.
L’accumulation tient une place importante dans l’expression artistique de Nicole comme lorsqu’elle fabriquait des masques en assemblant des bouchons de bouteilles, des jouets cassés, des ustensiles de cuisine. Toute sa matière première était stockée dans son atelier en quantité invraisemblable. Le dessin est l’ultime étape de sa quête artistique, après être passée par le travail de l’argile, le modelage, la sculpture. Dans cette épure gestuelle (elle dessine au seul feutre noir avec très peu de couleurs, essentiellement des teintes chaudes), Nicole Pelegrin accumule les séries. Elle dessine des motifs, des insectes, des personnes âgées, puis des personnages chevauchant des insectes aux motifs variés. Cette liberté absolue, ce jeu constant, l’artiste les revendique et refuse d’intellectualiser sa création. Elle s’y plonge avec délectation, dessine de manière presque automatique, emporte avec elle ses feutres et papiers pour dessiner n’importe où, n’importe quand dans un tourbillon, une profusion grâce à laquelle elle trouve paradoxalement son équilibre.
« La fantaisie, c’est un espace de liberté qui s’immisce dans la réalité »
FRANÇOIS LACOSTE
François Lacoste a souvent été catalogué comme sculpteur. Il se décrit pourtant comme un assembleur-constructeur. Là où le «vrai» sculpteur va partir d’une pièce de bois dont il va ôter progressivement la matière, François, lui, colle, emboîte, assemble les éléments qu’il façonne. Il apprend les bases du travail du bois en CAP de menuiserie-ébénisterie. Cette pratique sera un pont vers son travail actuel dans lequel il aime retrouver la chaleur, le veinage, la douceur du bois. Pendant trente ans, il va accumuler les idées, l’expérience, le matériel pour éclore lorsque l’existence lui en laissera l’occasion.
« J’aime expérimenter, essayer, papillonner, avancer sans ligne directrice avec la spontanéité comme moteur. Me laisser happer par l’idée qui me traverse »
Le travail de François Lacoste est inclassable. Sérieux ou malicieux, classique ou déjanté, organique ou figé. L’artiste s’amuse, invente, innove, assemble des recherches formelles dans un pur plaisir esthétique. Il modifie la surface du bois, griffe, strie, détourne, ponce une surface dont la vibration va donner sa teinte à l’œuvre. Il tourne, chantourne, détourne, ponce, cisèle, perce chaque élément de ses assemblages jusqu’à trouver la forme qui lui convient, celle qui saura exprimer l’idée dérision qui prédomine son travail. Et lorsque l’œuvre existe enfin, il convient de la parfaire en lui adossant un titre de noblesse. C’est ainsi que fleurissent des noms d’œuvres comme «Le cri punk de l’œuf noir», «Quand les planètes sont alignées, il ne faut pas perdre de temps», «Salade parabolique».
Depuis quelques mois, il oriente son travail vers la représentation de la nature qui, peu ou prou, sous-tend depuis toujours ses réalisations. Ce n’est pas un hasard si François Lacoste travaille le bois, matière noble et naturelle, dans laquelle il puise la forme de son inclassable originalité. À la contemplation de ses œuvres, il est impossible de ne pas esquisser un petit sourire complice et imaginer l’artiste pouffer en mettant le dernier coup de fion à son œuvre.
« La fantaisie, c’est être là où l’on ne m’attend pas »
MARJORIE MÉA
Née à Metz, Marjorie Méa grandit en s’ennuyant beaucoup. Juste avant ses 4 ans, elle échappe à la vigilance des adultes, se perd dans les bois et prairies des coteaux de la Moselle, les gendarmes la retrouvent à 7 kilomètres de son point de départ. Elle niera : elle ne s’est pas sauvée ni perdue, elle s’est promenée.
A 20 ans, elle rejoint Paris, à 30 ans la Corse, à 40 ans la Creuse : elle a trouvé son paysage alors à 50 ans, elle y est toujours, à vivre, travailler, se promener – questionner le vivant, créer du récit. Le paysage, la météo tiennent une place importante dans son travail : sujet, objet, matière, partenaire. Marjorie Méa dessine essentiellement sur papier, à la plume avec de l’encre et de l’eau, des aquarelles. Ses travaux s’entament dans la promenade, moments précieux où glaner des images, des sensations, des objets, des formulations. Viennent ensuite ses protocoles de travail qui cadrent les gestes tout en autorisant les surprises. Elle considère les travaux achevés comme des expérimentations, des graines à semer, des étapes qui servent à avancer le récit du vivant.
Depuis deux ans Marjorie Méa se consacre à une seule couleur : le vert, à un seul motif : l’herbe et quasiment un seul geste : la lettre « m » répétée. Elle jardine un geste : simple, épuré, sans rareté. Si le geste est pauvre et reproductible, cette pauvreté est raffinée, attentive.
Selon la dimension, le dessin à la plume peut prendre plusieurs semaines à s’accomplir, chaque journée de travail voit les « parcelles » tracées s’agrandir. Une intimité se crée entre la page et le corps, la mémoire s’en nourrit. Ses projets intègrent cette notion de temps et permettent à la poésie de se déployer – le jardin se construit en y allant. L’imprévu, la tâche, l’accident de la rencontre entre l’eau et l’encre ou l’aquarelle font également partie de ses processus de travail – accompagner le mouvement, accueillir et s’accueillir avec l’humilité d’un jardinier. La lenteur permet une présence au réel, une invitation à la promenade pour le regardeur.
« La fantaisie, c’est l’audace de faire exister des petits morceaux de ses rêves dans le réel, de les regarder virevolter et de les partager»
